3-6 ans
Le secret de la grande cloche
Ce matin de Noël, le Père Noël a encore un mystère à résoudre : pourquoi la grande cloche du village garde-t-elle le silence ?
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Le matin de Noël, le village avait mis son bonnet blanc. La neige coiffait les toits, les bancs et jusqu’au nez du bonhomme devant la boulangerie.
Dans chaque maison, la dernière case du calendrier de l’Avent était ouverte. Sous les sapins, les cadeaux attendaient les petites mains.
Mais quelque chose manquait.
À huit heures, la grande cloche devait chanter. Elle sonnait toujours à Noël, avec une voix ronde qui roulait jusque dans les bois.
Ce matin-là, rien.
Au pied du clocher, le Père Noël leva ses lunettes rondes. Il venait de déposer son dernier paquet. Derrière lui, ses rennes soufflaient de petits nuages au-dessus du traîneau.
« Tu as entendu quelque chose, Malo ? »
Le jeune lutin secoua son bonnet vert.
« Même pas un petit ding. »
Lila, une jeune lutine au bonnet violet, tira doucement la corde qui descendait sous le porche.
La corde monta. La corde descendit.
La cloche resta muette.
Le Père Noël lissa sa barbe blanche.
« Voilà qui est curieux. Allons voir ce qui lui manque. »
Malo prit sa boîte à outils. Lila emporta une petite lampe. Tous trois poussèrent la porte du clocher.
L’escalier tournait comme un ruban. Les deux lutins montèrent derrière le Père Noël en tenant la rampe. En haut, une solide balustrade protégeait les ouvertures, et la grande cloche brillait dans la lumière du matin.
« Bonjour, toi », dit le Père Noël.
Il regarda sous son large bord. Le battant était bien accroché. La corde n’avait aucun nœud. Pas un glaçon ne gênait le mécanisme.
Malo ouvrit sa boîte.
« Peut-être une goutte d’huile ? »
Avec l’aide du Père Noël, il en versa une, juste où il fallait.
Lila frotta le cuivre avec son mouchoir.
« Peut-être qu’elle aime être toute propre pour Noël. »
La cloche étincela. Mais elle ne sonna pas.
Le Père Noël approcha son oreille.
« Il lui manque peut-être quelque chose qui ne se trouve pas dans une boîte à outils. »
Malo chercha tout de même sous la poutre. Lila examina la corde jusqu’au dernier brin. Puis ils s’assirent un instant pour réfléchir.
Du village montait une bonne odeur de pain chaud.
Grrrou…
« C’est la cloche ? » demanda Lila.
Malo posa une main sur son ventre.
« Non. C’est mon petit déjeuner qui m’appelle. »
Le Père Noël sourit.
« Redescendons. Nous trouverons peut-être une idée en chemin. »
Sur la place, une petite fille sortait de la boulangerie avec sa maman. Elle s’appelait Nina. Sous son bonnet bleu dépassaient des boucles noires. Elle tenait une brioche encore tiède dans un sachet.
Malo s’arrêta pour laisser passer une luge. Son ventre fit de nouveau :
Grrrou…
Nina le regarda.
« Tu n’as pas déjeuné ? »
« Pas encore. Nous avons été très occupés cette nuit. »
Nina ouvrit son sachet. Sa brioche avait une belle croûte dorée, avec trois grains de sucre tout au milieu.
Elle la contempla un instant, puis la partagea en deux.
Elle tendit à Malo le morceau qui portait les trois grains.
« Tiens. Celui-là croustille bien. »
« Tu es sûre ? »
« Oui. Tu peux manger avec moi. »
Ils s’assirent sur le banc devant la boulangerie. La maman de Nina resta près d’eux en souriant. Malo souffla sur ses doigts avant de prendre la brioche.
Tout en haut du clocher, quelque chose frémit.
Ce fut un son minuscule. Un tintement si léger que Lila leva la tête pour vérifier.
Le Père Noël s’immobilisa près du traîneau. Par-dessus ses lunettes rondes, il regarda les deux gourmands qui déjeunaient ensemble.
Puis il sourit.
Alors la grande cloche sonna.
DONG !
Le son roula sur la place, passa au-dessus des cheminées et fila vers les bois.
DONG ! DONG !
Aux fenêtres, des visages apparurent. Les portes s’ouvrirent. Un chien leva une oreille, puis l’autre.
« Tu as trouvé ! » s’écria Lila.
Nina regarda son morceau de brioche.
« Trouvé quoi ? »
Le Père Noël s’assit près d’elle. Le banc craqua un peu sous son grand manteau.
« Nous avons vérifié la corde, huilé le mécanisme et frotté le cuivre. Mais elle attendait autre chose, cette grande cloche. »
Malo avala sa bouchée.
« Elle attendait le petit déjeuner ? »
Lila pouffa. Nina aussi.
Le Père Noël eut un rire tout doux.
« Peut-être surtout une petite place à côté de quelqu’un. »
Nina se poussa pour que Lila puisse s’asseoir.
La boulangère sortit avec une corbeille de petits pains.
« Tu en veux un pour la route ? » demanda-t-elle au Père Noël.
Bientôt, le traîneau glissa hors du village. Malo gardait quelques miettes sur son manteau. Lila fredonnait au rythme des grelots. Devant la boulangerie, Nina et sa maman leur faisaient signe.
Et longtemps derrière eux, la grande cloche fit danser sa voix dans l’air clair de Noël.
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