La fournée aux parfums de nuage
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Dans la cuisine du village, le Père Noël portait ses lunettes rondes et son grand tablier blanc. Il remuait une marmite de chocolat chaud en fredonnant. Autour de lui, ses quatre lutins s’activaient.
Lina, la lutine à longues nattes, nouait son tablier vert. Nestor, le petit lutin à lunettes, vérifiait ses outils dans sa ceinture. Plume, le lutin bouclé à l’écharpe rouge, déposait les lettres dans un panier. Et Biscotin, le lutin boulanger joufflu, versait la farine dans un grand saladier.
Aujourd’hui, ils préparaient des biscuits pour tous les habitants du village.
« Je veux des biscuits qui sentent la forêt après la pluie ! » dit Lina.
« Moi, qui rappellent une promenade dans les nuages ! » ajouta Plume.
Biscotin mélangea la farine, le beurre, le lait et le sucre. Il pétrit la pâte avec ses grosses mains rondes. Puis il ouvrit le couvercle du saladier.
Tout le monde se pencha.
Rien.
Pas une odeur de vanille. Pas même un petit parfum de beurre.
La pâte était toute plate, sans gonfler ni frémir.
Le Père Noël goûta une minuscule miette.
« Elle est douce, mais elle ne raconte aucune histoire », murmura-t-il.
Biscotin recommença. Il ajouta un peu plus de lait. Puis un peu moins de farine. Il pétrit plus vite, puis plus doucement. La pâte resta plate et silencieuse.
« Peut-être qu’elle est fatiguée », dit Plume.
« Une pâte ne se fatigue pas comme une lettre », répondit Nestor en ajustant ses lunettes.
Il posa son petit tournevis, sa cuillère doseuse et sa loupe sur la table. Ensuite, il observa chaque ingrédient avec soin. Il regarda sous les sacs, derrière les pots et même dans le tiroir des emporte-pièces.
Lina souleva le couvercle du sucre.
« Ici, il n’y a que du sucre en poudre. »
Plume inspecta le panier de pommes séchées.
« Ici, il y a trois raisins et un bouton. Le bouton ne sent pas bon. »
Le Père Noël sourit et ouvrit une vieille armoire. Une petite boîte tomba sur son bonnet.
Nestor la ramassa. Il essuya la poussière avec son mouchoir.
Sur le couvercle, on lisait : CANNELLE.
« Regardez ! Une pincée oubliée ! » s’écria-t-il.
Biscotin versa la cannelle dans la pâte. Il mélangea encore.
Aussitôt, une douce odeur chaude se répandit dans la cuisine. Elle rappelait les goûters, les bois dorés et les maisons où l’on se sent bien.
La pâte, pourtant, resta plate.
« Le parfum est revenu, mais le nuage n’est pas encore là », constata le Père Noël.
« Il faut lui donner de l’air », proposa Lina. Elle ajouta une cuillerée de miel et battit la pâte avec un grand fouet. Des bulles brillantes apparurent.
« Et de la lumière ! » dit Plume. Il ouvrit les volets. Un rayon de soleil entra et fit danser des poussières dorées.
Nestor réfléchit derrière ses lunettes.
« Essayons une pincée de levure. Pas trop. La pâte doit monter doucement. »
Biscotin ajouta la levure, puis souleva la pâte comme une couverture. Le Père Noël versa trois gouttes d’extrait de vanille.
« Pour le parfum d’un nuage qui passe au-dessus d’un jardin », expliqua-t-il.
Chacun eut alors une idée. Lina proposa des petits morceaux de poire. Plume ajouta des graines de pavot, légères comme de minuscules étoiles. Nestor dessina des formes de nuages avec un nouvel emporte-pièce. Biscotin mélangea le tout sans écraser les bulles.
La pâte se mit à gonfler.
Elle devint souple, douce et légère. On aurait dit un coussin blanc posé dans le saladier.
« Elle respire ! » chuchota Lina.
« Alors, mettons-la au four », dit Biscotin.
Biscotin, aidé par le Père Noël, glissa les plaques dans le four. Quelques minutes plus tard, la cuisine se remplit d’un parfum merveilleux. On sentait la cannelle, la vanille, le miel et quelque chose de frais, comme un matin au-dessus des nuages.
Quand le four s’ouvrit, les biscuits étaient dorés sur les bords et blancs au milieu. Ils avaient la forme de petits nuages rebondis.
Le Père Noël en prit un. Il souffla dessus, puis croqua.
« Celui-ci sent la promenade en forêt », dit-il.
Lina goûta le sien.
« Le mien sent le soleil sur une tartine. »
Plume leva un biscuit en forme de nuage.
« Et celui-là sent une lettre qui voyage très loin. »
Nestor observa les biscuits à travers ses lunettes.
« Ils ne sont pas tous pareils. C’est parfait. »
Biscotin riait tellement que ses joues tremblaient.
Ils remplirent des paniers et partirent dans les rues enneigées. À chaque porte, un parfum s’échappait. Les habitants sortaient leurs bols, leurs tasses et leurs grands sourires.
Au-dessus du village, les vrais nuages semblaient flotter un peu plus bas, comme pour sentir la fournée.
Le Père Noël leva les yeux.
« Demain, on essaie des biscuits parfumés au vent ? »
Biscotin serra son saladier contre lui.
« Seulement si le vent accepte de rester dans la cuisine ! »
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