Le carillon de la forêt givrée

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À la veille de Noël, l’atelier du Père Noël brillait comme une étoile. Dehors, la neige tombait doucement sur les toits et les sapins. À l’intérieur, les lutins couraient dans tous les sens. Ils emballaient les derniers cadeaux, accrochaient des rubans et ouvraient les petites fenêtres du grand calendrier de l’Avent.

Le Père Noël surveillait tout avec ses lunettes rondes. Sa longue barbe blanche dépassait de son manteau rouge, mais aucun lutin n’en avait une. Ils étaient jeunes, joyeux et bien plus petits que lui.

Près de la porte, le traîneau attendait. Les rennes tapaient doucement du sabot. À son avant brillait un minuscule carillon d’argent. Chaque fois qu’il tintait, les grelots du traîneau répondaient. Grâce à cette musique, les lutins savaient retrouver le chemin dans la forêt givrée.

Soudain, le carillon fit un dernier tintement.

Puis il s’envola par la fenêtre ouverte.

« Oh non ! » s’écria Lili, une petite elfe au bonnet vert.

Le Père Noël s’approcha de la fenêtre. Dans la nuit blanche, il aperçut une étincelle qui filait entre les sapins.

« Ne t’inquiète pas, Lili. Nous allons le retrouver. »

Mais sans le carillon, impossible d’entendre le chemin du traîneau. Les flocons tourbillonnaient déjà autour de la forêt.

À ce moment-là, une chouette descendit sans bruit sur la rambarde.

« Hou hou ! Je m’appelle Plume. J’ai vu passer une lumière argentée. Elle est partie vers les grands sapins. »

Un petit renard blanc sortit la tête d’un tas de neige.

« Et moi, c’est Moka. Je connais un raccourci. »

Le Père Noël sourit.

« Alors, partons ensemble. »

Plume vola devant eux, ses ailes blanches découpant des ronds dans la neige. Moka avançait à petits bonds. Ses pattes laissaient une ligne de traces presque invisibles.

Le Père Noël marchait au milieu des lutins. Il portait une lanterne, un sac de cadeaux vide et, dans sa poche, la page du calendrier de l’Avent ouverte ce soir-là. On y voyait un dessin de clochette et ces mots : « Écoute avec attention. »

Ils entrèrent sous les grands sapins. La forêt était silencieuse. Les branches portaient des glaçons qui brillaient comme des étoiles.

Tout à coup, un son léger résonna.

Ting !

Tous s’arrêtèrent.

« Par là ! » chuchota Noé, un lutin aux chaussettes rayées.

Ils suivirent le tintement, mais le son semblait changer de place. Tantôt il venait de droite, tantôt de gauche. Les lutins se trompèrent plusieurs fois. L’un d’eux marcha dans un petit tas de neige et s’assit dedans avec un drôle de plouf.

Moka renifla le sol.

« Le vent pousse les sons. Il faut regarder les signes, pas seulement écouter. »

Plume tourna au-dessus d’eux.

« Là ! Des branches sont couvertes de poussière argentée. »

Le Père Noël leva sa lanterne. De minuscules étincelles dessinaient un chemin sur les troncs. Mais le sentier s’arrêtait devant un ruisseau gelé.

De l’autre côté, une famille de petits oiseaux tremblait sous un buisson. Leur nid était tombé pendant la tempête.

Les lutins regardèrent le chemin, puis les oiseaux.

« Nous ne pouvons pas les laisser ici », dit Lili.

Le Père Noël posa sa lanterne et retira une grande écharpe de son cou. Les lutins rassemblèrent des brindilles. Moka apporta de la mousse sèche. Plume surveilla les branches.

Ensemble, ils fabriquèrent un nid bien chaud, à l’abri du vent.

Alors, derrière le buisson, le carillon tinta plus fort.

Le son venait d’un rocher couvert de givre. À côté, une petite ouverture brillait entre les racines d’un vieux sapin.

Moka y glissa son museau, puis recula aussitôt.

« C’est trop étroit pour toi, Père Noël. »

Le Père Noël regarda les lutins. Ils étaient assez petits pour passer, mais l’entrée était pleine de neige.

« Nous pouvons creuser doucement », proposa Noé.

Les lutins prirent leurs petites pelles. Plume souffla sur les cristaux de glace avec ses ailes. Moka gratta le sol de ses pattes. Bientôt, un passage s’ouvrit.

Lili entra la première. Elle avançait sur les genoux, entre les racines brillantes. Au bout du tunnel, elle découvrit une grande clairière cachée. Des lucioles de neige flottaient dans l’air. Au milieu, suspendu à une branche, le carillon magique tournait doucement.

Mais il était coincé dans une toile de lierre gelé.

« Je vais le prendre », dit Lili.

Elle tira une fois. La branche plia. Elle tira encore. La toile ne bougea pas.

Moka observa les feuilles.

« Ne tire pas. Le lierre est fragile. Si tu le casses, le carillon tombera. »

Plume vola près de la branche et fit vibrer l’air avec ses ailes. Le givre se fendilla. Le Père Noël tendit son écharpe sous le carillon pour le soutenir. Puis les lutins soufflèrent tous ensemble, tout doucement, comme on souffle sur une soupe chaude.

Crac !

La glace se détacha sans abîmer le lierre. Le carillon glissa dans l’écharpe du Père Noël.

À peine libre, il se mit à chanter. Ses notes dansèrent dans la clairière et coururent entre les arbres.

Au loin, les clochettes du traîneau répondirent.

Le chemin du traîneau s’illumina aussitôt. Des rubans de lumière apparurent sur la neige, de la clairière jusqu’à l’atelier.

« Le carillon nous montre la route ! » s’écria Lili.

Ils rentrèrent en suivant la musique. Les oiseaux dormaient maintenant dans leur nouveau nid. Moka trottait près des lutins, et Plume planait au-dessus du groupe.

À l’atelier, les rennes relevèrent la tête. Leurs grelots se mirent à chanter avec le carillon. Les cadeaux furent chargés dans le traîneau, bien rangés sous une couverture rouge.

Le Père Noël accrocha le carillon à l’avant du traîneau.

« Cette fois, il restera bien attaché », dit Noé.

« Oui », répondit le Père Noël. « Et nous écouterons aussi le vent. Il connaît parfois de bons chemins. »

Une dernière fenêtre du calendrier de l’Avent s’ouvrit toute seule. À l’intérieur, il n’y avait ni image ni chocolat. Seulement une petite plume, une trace de patte blanche et un éclat d’argent.

Plume poussa un doux « hou hou ». Moka agita la queue.

Le Père Noël monta dans le traîneau. Ses lunettes rondes brillèrent sous la lune. Les lutins grimpèrent derrière lui, plus petits et serrés les uns contre les autres. Les rennes prirent leur élan.

Ting, ting, ting !

Le traîneau s’envola au-dessus des sapins. Sa lumière glissa sur les toits enneigés. Dans la forêt givrée, le carillon continua de chanter, comme une petite étoile qui savait exactement où aller.

Et cette nuit-là, chaque enfant reçut son cadeau, tandis que la neige gardait doucement le secret de la clairière.

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