Le grand plan de la nuit blanche
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Dans l’atelier du Père Noël, tout brillait comme une étoile. Les lutins couraient entre les piles de cadeaux, les rubans et les bottes pleines de neige. Au mur, le calendrier de l’Avent était ouvert jusqu’à la dernière petite fenêtre. Elle montrait une lune ronde au-dessus d’un toit.
Le Père Noël ajusta ses lunettes rondes et consulta sa grande carte des toits. Il allait partir quand une pluie de flocons dorés tomba du plafond. En quelques secondes, la carte entière fut couverte de lumière.
« Oh, oh… Je ne vois plus les rues, les cheminées ni les clochers », murmura-t-il.
Les lutins se rapprochèrent. Tous étaient jeunes, petits et sans barbe. Lila tenait une lanterne. Milo portait une longue règle. Sacha serrait un sac de clochettes.
« On peut souffler sur les flocons », proposa Lila.
Ils soufflèrent doucement. Les flocons dansèrent, mais la carte resta blanche et brillante.
À cet instant, une petite truffe apparut derrière une caisse de jouets. Nox, le renard polaire, sortit en remuant ses oreilles pointues. Sa fourrure blanche semblait faite pour se cacher dans la neige.
« Je connais une autre façon de lire le ciel », dit-il.
Nox conduisit tout le monde dehors, sur la grande cour enneigée. Le traîneau attendait près de l’écurie. Les rennes secouaient leurs grelots et soufflaient de petits nuages blancs.
Au-dessus d’eux, le ciel était immense. Pourtant, les mêmes flocons brillants tourbillonnaient partout. Ils cachaient les étoiles.
« Il faut attendre que le vent les écarte », expliqua Nox. « Quand une étoile apparaît, regarde sa place par rapport aux autres. Les étoiles forment un chemin. »
Le Père Noël leva les yeux. Une première étoile scintilla près de la lune. Puis une deuxième apparut au-dessus d’un sapin. Une troisième brillait derrière une haute montagne.
Milo posa trois petits boutons de bois sur la carte, à l’endroit des étoiles.
« Ce sont nos repères », dit-il.
Lila ajouta un fil doré entre les boutons. Sacha fit tinter une clochette chaque fois qu’une nouvelle étoile se montrait.
Peu à peu, un dessin se forma. Le chemin passait au-dessus d’un lac gelé, suivait une forêt en forme de triangle, puis tournait près d’un vieux moulin.
« Nous ne sommes pas perdus », dit le Père Noël. « Nous devons seulement regarder autrement. »
Les rennes levèrent la tête. Le plus grand, Éclair, gratta la neige de son sabot, comme s’il avait compris.
Le Père Noël monta dans le traîneau. Les lutins prirent place derrière lui, avec la carte posée sur leurs genoux. Nox s’installa tout à l’avant, entre les deux premiers rennes.
« Doucement au début », demanda le Père Noël. « Nous allons vérifier chaque étoile. »
Le traîneau s’éleva dans un grand tourbillon de neige. Sous eux, les toits ressemblaient à de petites collines blanches. Mais lorsque les flocons brillants revinrent, même le fil doré de la carte se mit à trembler.
« Là ! Le moulin ! » cria Milo.
Pourtant, deux moulins apparurent dans la brume. Lequel fallait-il suivre ?
Nox ferma les yeux et écouta. Au loin, une clochette tinta. Puis une autre, plus douce.
« Ce ne sont pas les moulins qui nous guideront », dit-il. « Écoute les maisons. »
Les lutins firent silence. Une musique monta de la vallée. Dans une petite maison, quelqu’un jouait du piano. Plus loin, un bébé riait. À côté d’un clocher, une vieille horloge sonnait minuit.
Le Père Noël sourit. Il suivit l’étoile qui brillait au-dessus de la musique.
La neige s’écarta. Le vrai moulin apparut, avec ses ailes immobiles et son toit bleu. Le traîneau passa juste au-dessus.
« Merci, Nox », souffla Lila.
Le renard remua la queue, heureux de partager son astuce.
Le chemin des étoiles les mena de toit en toit. À chaque détour, les lutins ajoutaient un petit bouton sur la carte. Bientôt, ils retrouvèrent toutes les maisons : la maison au balcon rouge, celle qui avait une cheminée tordue, puis la petite maison ronde au bord de la forêt.
Le Père Noël descendit sans bruit. Les lutins déposèrent les cadeaux dans les chaussettes, sous les sapins et près des souliers bien rangés. Nox surveillait la carte pendant que les lutins nouaient les derniers rubans.
Quand le jour commença à pâlir, il ne restait qu’une seule maison.
Elle était cachée derrière un rideau de neige. Aucune étoile ne brillait au-dessus d’elle.
Le Père Noël posa une main sur la carte. Lila plaça sa lanterne près du dernier bouton. La lumière se refléta dans les flocons, et un minuscule chemin apparut, juste assez large pour le traîneau.
« Même une petite lumière peut montrer la route », murmura Milo.
Ils déposèrent le dernier cadeau, puis repartirent vers l’atelier. Le ciel devenait rose. Les rennes trottaient doucement, les grelots chantaient et Nox dormait, roulé comme une boule de neige.
Sur la carte, les flocons brillants avaient enfin formé une nouvelle constellation. Elle ressemblait à un renard assis sous une étoile.
Le Père Noël la regarda derrière ses lunettes rondes. Puis il sourit, tandis que la nuit blanche s’endormait avec eux.
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