Le jardin des flocons carrés
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À l’atelier du Père Noël, tout le monde préparait Noël.
Les lutins pliaient les papiers, nouaient les rubans et remplissaient les calendriers de l’Avent. Dans la grande cour, les rennes secouaient leurs grelots. Plus loin, le traîneau brillait sous la neige.
Nino, un jeune lutin sans barbe, portait une caisse de boules rouges quand il entendit un petit bruit derrière l’atelier.
Crac. Crac. Crac.
Il posa la caisse et suivit le son. Derrière une haie de houx, il trouva une petite porte verte qu’il n’avait jamais remarquée.
Nino l’ouvrit doucement.
De l’autre côté, un jardin dormait sous la lune. Mais ce n’était pas un jardin ordinaire. Dans la terre blanche poussaient des tiges fines, couvertes de flocons carrés. Certains étaient blancs comme du lait, d’autres bleus comme le ciel du matin. Il y en avait même des argentés, avec de minuscules étoiles au milieu.
Une petite souris coiffée d’un bonnet de jardinier sortit d’un arrosoir renversé.
« Bonsoir, je m’appelle Pousse. Tu es le premier à venir ici depuis longtemps. »
Nino regarda les flocons.
« Pourquoi personne ne les cueille ? »
Pousse baissa les oreilles.
« Les lutins disent qu’ils sont trop drôles pour décorer Noël. Ils veulent seulement des flocons ronds. »
Le lendemain, Nino parla du jardin autour de lui. Quelques lutins vinrent jeter un coup d’œil. Ils observèrent les flocons carrés, puis haussèrent les épaules.
« Ils ne rentreront pas dans les guirlandes habituelles », dit l’un.
« Et ils ne ressemblent pas aux flocons des cartes de Noël », ajouta un autre.
Nino sentit son cœur se serrer. Les flocons carrés se balançaient dans le vent, sans faire de bruit. On aurait dit qu’ils attendaient une chance.
Alors Nino alla chercher le Père Noël.
Le grand homme arriva en marchant dans la neige. Il portait son manteau rouge et ses lunettes rondes. Sa barbe blanche brillait de petits cristaux. Comme toujours, son regard était doux et attentif.
« Montre-moi ton jardin », dit-il.
Nino le conduisit derrière l’atelier. Pousse salua le Père Noël en agitant son minuscule arrosoir.
Le Père Noël s’accroupit pour mieux regarder les plantes.
« Ces flocons sont différents, c’est vrai. Mais différents ne veut pas dire inutiles. »
Il en cueillit un avec précaution. Le flocon resta posé dans sa main, carré et léger comme une petite fenêtre de glace.
« Il faudrait leur trouver une place où leur forme serait une qualité », réfléchit-il.
Nino regarda les fenêtres du village. Elles étaient toutes décorées de la même façon, avec des étoiles rondes et des lunes dorées.
Puis il eut une idée.
« Et si nous faisions des mosaïques ? »
Le Père Noël sourit derrière ses lunettes rondes.
« Voilà une belle idée. »
Pousse apporta des paniers. Nino appela les lutins. Ensemble, ils cueillirent les flocons carrés sans arracher les tiges. Les blancs servirent pour les nuages. Les bleus devinrent des rivières et des petits morceaux de ciel. Les argentés formèrent des étoiles, des sapins et des clochettes.
Dans l’atelier, les lutins posèrent les flocons sur de grandes plaques transparentes. Ils les alignèrent comme des pièces de puzzle. Les carrés s’emboîtaient parfaitement.
Parfois, une plaque glissait.
« Tiens-la de ce côté », disait Nino.
« Je pousse doucement », répondait Pousse.
Le Père Noël ajoutait une fine poudre de givre pour fixer chaque morceau.
Bientôt, une première mosaïque apparut. On y voyait un renne courant sous une pluie d’étoiles. Une deuxième montrait le traîneau au-dessus des toits. Une troisième représentait un calendrier de l’Avent, avec vingt-quatre petites fenêtres scintillantes.
Quand la nuit tomba, les lutins transportèrent les mosaïques jusqu’au village. Ils les installèrent sur les fenêtres de la boulangerie, de l’école et des maisons.
La lumière douce de petites lanternes traversa les flocons. Les carrés brillèrent de mille façons. Aucun ne ressemblait à son voisin, et pourtant tous formaient une belle image.
Au matin, le village semblait avoir changé de saison. Les fenêtres étincelaient comme de petits tableaux de glace. Les enfants venaient regarder les mosaïques avant même d’ouvrir leur calendrier de l’Avent.
Sur la place, une vieille fenêtre montrait le Père Noël dans son traîneau. Une autre faisait apparaître les rennes au-dessus d’une forêt bleue. Dans la vitrine du magasin de jouets, les flocons carrés dessinaient une grande maison pleine de cadeaux.
Les lutins qui avaient douté la veille restèrent longtemps silencieux.
« On ne les avait jamais regardés comme ça », murmura l’un d’eux.
Pousse, installée dans une tasse retournée, arrosait les nouvelles pousses du jardin. Nino l’aidait avec une cuillère.
Le Père Noël arriva près d’eux. Il tenait une petite boîte en bois.
« Pour toi, Nino. »
À l’intérieur se trouvait un calendrier de l’Avent minuscule. Chaque case avait une fenêtre carrée.
« Et pour Pousse ? » demanda Nino.
Le Père Noël ouvrit une seconde boîte. Elle contenait un arrosoir brillant comme une étoile.
La souris fit une petite pirouette.
Le soir venu, le traîneau s’éleva dans le ciel. En dessous, les mosaïques éclairaient doucement le village. Derrière l’atelier, le jardin continuait de pousser sous la neige, tranquille et fier.
Et désormais, chaque Noël, on attendait avec impatience les nouveaux flocons carrés.
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