Le secret des flocons dansants

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Au soir de Noël, tout était prêt dans l’atelier du Père Noël. Les cadeaux étaient emballés avec soin. Les rubans brillaient. Dans un coin, le grand calendrier de l’Avent indiquait une seule case à ouvrir. La case numéro vingt-quatre.

Le Père Noël ajusta ses lunettes rondes et regarda par la fenêtre. Il portait son grand manteau rouge et sa barbe blanche, douce comme un nuage. À côté de lui, les lutins couraient dans tous les sens. Ils étaient jeunes, petits, et aucun ne portait de barbe.

Soudain, Lino, le plus rapide, s’arrêta net.

« Père Noël, viens voir ! »

Au-dessus du village, les flocons formaient une énorme boule blanche. Ils ne tombaient pas. Ils restaient tous groupés dans le ciel, comme s’ils avaient oublié le chemin de la terre.

« C’est étrange », murmura le Père Noël.

Il ouvrit la fenêtre. Pas un seul flocon n’entra. Même le vent semblait attendre.

Plume, une petite chouette aux grands yeux dorés, arriva en voletant.

« Hou hou ! J’ai tourné autour des flocons, mais ils ne bougent pas. Ils font seulement de petits frissons. »

Le Père Noël observa la boule blanche. Puis il sourit doucement.

« Peut-être qu’ils essaient de nous dire quelque chose. »

Les lutins sortirent dans la neige. Ils essayèrent d’abord de souffler vers le ciel.

« Un, deux, trois ! »

Ils soufflèrent si fort que leurs bonnets se soulevèrent. Mais les flocons ne descendirent pas.

Alors ils lancèrent de petites clochettes. Ding, ding, ding ! La boule blanche trembla un peu, puis redevint immobile.

Le Père Noël réfléchit. Il regarda les cadeaux, les rennes et son vieux traîneau rouge. Tout était prêt, sauf la neige.

« Sans neige, le traîneau glissera mal », dit-il. « Et les enfants attendent leurs cadeaux. »

Plume vola jusqu’au sommet du clocher. De là-haut, elle entendit un son très léger.

« Hou ! Les flocons chantent ! » cria-t-elle.

Tout le monde leva la tête.

En effet, un petit murmure descendait de la boule blanche. C’était une musique lente, à peine audible. Les flocons ne refusaient pas de tomber. Ils avaient simplement peur de se séparer.

« Ils veulent rester ensemble », comprit Lino.

« Alors, il faut leur montrer comment descendre sans se perdre », répondit le Père Noël.

Il ouvrit le vieux coffre de l’atelier. Entre une trompette, un tambour et trois grelots, il trouva une petite flûte en bois.

« Cette flûte appartenait à mon grand-père », expliqua-t-il. « Elle sait jouer une musique pour les pas légers. »

Les lutins se rapprochèrent. Plume descendit du clocher et se posa sur l’épaule du Père Noël.

« Mais quelle musique faut-il jouer ? » demanda-t-elle.

Le Père Noël regarda les flocons.

« Une musique où personne ne reste seul. »

Le Père Noël leva la flûte jusqu’à ses lèvres. Il joua une première note, douce et ronde.

Les flocons frémirent.

Il ajouta une deuxième note, puis une troisième. Les lutins frappèrent doucement le rythme avec leurs moufles. Plume battit des ailes en cadence.

« Écoute, petite étoile de neige », chanta le Père Noël. « Tourne avec ton voisin. »

La musique devint une valse. Elle avançait en trois petits pas, puis un léger tour.

Un flocon quitta la boule blanche.

Il descendit en tournant, sans se presser. Un autre le suivit. Puis trois, puis dix. Bientôt, tous les flocons dansèrent ensemble dans le ciel.

Ils ne tombaient plus comme une pluie pressée. Ils virevoltaient, se rapprochaient, s’éloignaient, puis descendaient doucement vers les toits.

Les lutins tournèrent sur eux-mêmes. Plume fit une jolie pirouette. Même les rennes levèrent le museau pour regarder la valse blanche.

Le village changea peu à peu. Les maisons eurent des toits enneigés. Les arbres portèrent des branches brillantes. Les chemins devinrent doux et blancs.

Quand le dernier flocon toucha le sol, la musique s’arrêta.

Un grand silence heureux s’installa.

Puis un tout petit flocon se posa sur le bout du nez de Lino.

« Je crois qu’il demande encore une danse », chuchota le lutin.

Le Père Noël sourit et rejoua quelques notes. Les flocons près de la fenêtre se mirent à tournoyer, juste pour le plaisir.

La neige était enfin prête. Les lutins chargèrent les cadeaux dans le traîneau. Ils vérifièrent les paquets une dernière fois, puis ouvrirent la case numéro vingt-quatre du calendrier de l’Avent.

À l’intérieur, il n’y avait ni bonbon ni image. Seulement un petit morceau de papier.

Lino le lut à voix haute :

« Pour trouver le chemin de Noël, écoute ce qui danse en silence. »

Les lutins se regardèrent. Ils avaient compris.

Le Père Noël monta dans le traîneau. Sa barbe blanche dépassait de son col rouge. Il posa ses lunettes rondes sur son nez et prit les rênes.

« Tout le monde est prêt ? »

« Prêt ! » répondirent les lutins.

Plume s’installa sur le dossier du siège. Les rennes secouèrent leurs grelots.

Le traîneau glissa sur la neige fraîche. Au-dessus du village, les flocons dansaient encore, mais maintenant ils connaissaient leur valse. Ils tournaient autour du traîneau comme une ronde lumineuse.

Le Père Noël leva les yeux vers eux.

« Merci, mes petits danseurs. »

Puis les rennes s’élancèrent dans la nuit claire. Derrière eux, une pluie de flocons brillants retomba sur les maisons, les jardins et les cheminées.

Dans chaque chambre, les enfants dormaient paisiblement. Aucun ne vit le traîneau passer. Mais au matin, chacun trouva des cadeaux près du sapin, et une neige légère dessinait des spirales sur les fenêtres.

Depuis ce soir-là, quand les flocons semblent hésiter dans le ciel, il suffit parfois d’écouter très attentivement.

On entend alors une douce valse qui commence, tout doucement, au-dessus des toits.

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