Le traîneau aux patins de papier

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La veille de Noël, tout brillait dans l’atelier du Père Noël. Les cadeaux étaient emballés. Les lettres étaient triées. Les biscuits refroidissaient sur une grande table. Dehors, la neige recouvrait les toits d’un tapis blanc.

Le Père Noël ajusta ses lunettes rondes et s’approcha du traîneau.

« Voyons si tout est prêt. »

Il posa un pied sur le marchepied, puis poussa doucement le traîneau. Un patin grinça. L’autre fit un bruit de casserole.

« Cric… croc… crac… »

Le Père Noël fronça les sourcils. Les patins étaient si usés qu’ils accrochaient la neige au lieu de glisser dessus.

« Oh là là, murmura-t-il. Cette nuit, les enfants doivent dormir. Impossible de faire crisser le traîneau sur tous les toits. »

Il regarda autour de lui. Personne ne devait être réveillé. Alors il marcha sur la pointe des bottes jusqu’à la petite cloche de l’atelier et l’empêcha de sonner.

Puis il chuchota :

« Mes lutins, j’ai besoin de vous. Mais tout doucement. »

La lutine aux longues nattes, avec son tablier vert, arriva la première. Derrière elle suivirent le petit lutin à lunettes et à ceinture à outils, le lutin bouclé à l’écharpe rouge qui portait les lettres, et le lutin boulanger, joufflu, avec de la farine sur le nez.

Les quatre lutins se penchèrent sur les patins.

Le petit lutin à lunettes sortit une règle, un tournevis et un minuscule marteau.

« Ils sont trop minces ici, trop bosselés là… Si on les répare avec du métal, ça fera encore plus de bruit. »

La lutine au tablier vert observa les rouleaux de carton près de l’étagère.

« Et si on ajoutait plusieurs couches de carton ? »

Le lutin bouclé posa son sac de lettres sur le sol.

« Du carton, j’en ai dans les enveloppes épaisses. »

Le boulanger leva un doigt couvert de farine.

« Moi, j’ai de la cire d’abeille déjà refroidie et souple. Elle rend les moules bien lisses. Peut-être qu’elle rendra les patins glissants. »

Personne ne parla plus fort qu’un souffle.

Les lutins découpèrent des bandes de carton. Ils les posèrent sous les patins, une par une. Le petit lutin mesurait chaque morceau. La lutine les maintenait bien droits. Le lutin aux lettres apportait les rubans, les ficelles et les enveloppes inutilisées. Le boulanger aplatis­sait doucement la cire souple entre ses doigts et l’étalait sur les patins.

« Pas trop épaisse, chuchota-t-il. Sinon, elle fera ploc dans la neige. »

Le Père Noël tenait une lanterne et regardait le travail.

« Vous êtes une équipe formidable, murmura-t-il. Mais il nous faut encore quelque chose. »

La lutine montra des rouleaux de papier coloré.

« Des patins de papier, peut-être ? »

Le Père Noël prit une feuille rouge entre ses doigts.

« Du papier sous un traîneau ? Voilà une drôle d’idée. »

« Une idée légère, répondit la lutine. Et le papier ne grince presque pas. »

Ils essayèrent.

D’abord, une couche de carton. Puis une couche de papier épais. Ensuite, une fine couche de cire. Enfin, deux rubans bien serrés autour de chaque patin.

Le petit lutin à lunettes tapota la nouvelle semelle.

« Solide. Souple. Et très silencieuse. »

Le lutin bouclé prit place dans le traîneau avec une pile de lettres. Le boulanger ajouta un panier de biscuits. La lutine s’installa près des rênes. Le Père Noël s’assit devant et remit ses lunettes en place.

Ils poussèrent.

Le traîneau avança de quelques centimètres.

Pas de cric. Pas de croc. Pas même un petit couic.

« On recommence dans la cour », souffla le Père Noël.

Ils sortirent. La neige brillait sous la lune. Le traîneau glissa jusqu’au portail. Puis il tourna doucement autour du sapin, passa entre deux congères et revint sans laisser autre chose qu’un mince dessin dans la neige.

La lutine sourit.

« On dirait qu’il danse. »

Le Père Noël hocha la tête.

« Alors, ce soir, nous partirons avec un traîneau danseur. »

Mais il restait une dernière épreuve : les toits du village.

Minuit approchait. Le village dormait sous ses couvertures de neige. Aucune fenêtre n’était éclairée, sauf celle d’une maison où un chat regardait la lune.

Le Père Noël fit claquer les rênes, tout doucement.

« En route, mes amis. »

Les rennes partirent. Le traîneau monta dans le ciel avec un petit souffle de vent.

Sur le premier toit, les patins touchèrent la neige.

Ils glissèrent sans bruit.

Sur le deuxième toit, ils tournèrent autour d’une cheminée.

Ils glissèrent encore.

Sur le troisième, ils bondirent par-dessus une rangée de tuiles, puis retombèrent comme deux feuilles sur un étang.

Le lutin bouclé distribua les lettres. La lutine vérifia les paquets. Le petit lutin surveilla les rubans et resserra une boucle quand il le fallut. Le boulanger partagea un biscuit avec chacun, même avec le Père Noël qui en avait déjà mangé trois.

Bientôt, le traîneau dansa de toit en toit. Ses patins de carton, de cire et de papier dessinaient des courbes légères dans la neige. Pas de grincement. Pas de clochette trop forte. Seulement le souffle des rennes et le froissement des rubans.

Au matin, personne ne sut comment le Père Noël était passé. Mais, sur les toits, on trouva de petites traces colorées, fines comme des rubans.

Et dans l’atelier, les quatre lutins gardèrent un morceau de papier rouge pour recommencer l’année suivante.

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